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Crédit pour investir dans les ETF monde : Pourquoi la sérénité vaut mieux que l’effet de levier

Publié le: 5 Juin, 2025

L’idée d’emprunter pour investir, aussi appelée “effet de levier” ou “gearing” en anglais, peut te paraître séduisante si tu cherches à accélérer ton enrichissement. Cette stratégie consiste à contracter un crédit pour acquérir des parts d’ETF (Exchange Traded Funds) diversifiés sur les marchés mondiaux, dans l’espoir que les rendements de tes investissements dépassent le coût du financement.

Mais avant de te lancer dans cette aventure risquée, prends le temps de la réflexion. Car si cette approche peut théoriquement amplifier tes gains, elle peut aussi transformer tes nuits paisibles en insomnies et tes week-ends en sessions de monitoring anxieux de tes positions. Cet article examine en détail pourquoi, dans la plupart des cas, investir sereinement avec ton propre argent reste la voie de la sagesse financière.

Les arguments en faveur du crédit pour investir (et pourquoi ils ne suffisent pas)

Avant d’expliquer pourquoi tu devrais probablement éviter cette stratégie, examinons honnêtement les arguments qui peuvent te séduire.

1. L’argument des taux d’intérêt : une époque révolue

Historiquement, l’un des principaux arguments avancés par les partisans de cette stratégie résidait dans le contexte de taux d’intérêt très bas que nous avons connu entre 2015 et 2022. À cette époque, il était possible d’obtenir des prêts personnels à des taux parfois inférieurs à 3% APR, créant un écart attractif avec les rendements historiques des marchés actions.

Cependant, la situation a radicalement changé depuis 2022. Les taux de crédit personnel oscillent désormais généralement entre 4% et 8% selon les profils et les montants, parfois davantage. Cette remontée des taux d’intérêt réduit considérablement l’attrait théorique de l’effet de levier, l’écart avec les rendements espérés des marchés actions s’étant nettement resserré.

2. L’effet multiplicateur sur les rendements

L’effet de levier permet d’amplifier tes gains potentiels en investissant un montant supérieur à celui dont tu disposes. Par exemple, avec 30 000 euros de capital propre et un emprunt de 30 000 euros supplémentaires, tu peux placer 60 000 euros sur les marchés. Si ton portefeuille génère un rendement de 8%, le gain absolu s’élève à 4 800 euros au lieu de 2 400 euros sans effet de levier.

Cette amplification peut sembler particulièrement intéressante si tu es jeune investisseur, que tu disposes d’un capital limité mais d’un horizon de placement long et d’une capacité d’épargne régulière qui te permettrait de rembourser le crédit.

Mais attention : cette logique mathématique ignore complètement l’aspect psychologique. Car vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, c’est accepter de transformer chaque correction de marché en source d’angoisse.

3. La diversification géographique des ETF monde

Les ETF monde offrent une exposition diversifiée aux principales économies mondiales, réduisant le risque spécifique à un pays ou à une région. Cette diversification naturelle pourrait te faire croire qu’elle justifie l’utilisation du levier, car elle limite les risques de pertes catastrophiques liées à un événement géopolitique ou économique localisé.

Les ETF comme le MSCI World ou le FTSE Developed World incluent typiquement des milliers d’entreprises réparties sur plusieurs continents, offrant une exposition équilibrée aux différents secteurs et marchés développés.

Cependant, même la meilleure diversification du monde ne te protège pas contre les crises systémiques qui touchent l’ensemble des marchés mondiaux, comme nous l’avons vu en 2008 ou en 2020.

4. L’horizon de placement long

L’investissement en actions est généralement recommandé sur le long terme, idéalement 10 ans ou plus. Cette temporalité permet de lisser les variations de court terme et d’exploiter la tendance haussière historique des marchés. Pour un investisseur capable de maintenir sa position pendant une période prolongée, l’effet de levier peut théoriquement amplifier cette croissance à long terme.

5. La facilité d’accès au crédit

Contrairement aux comptes sur marge qui nécessitent des procédures complexes et des garanties spécifiques, un crédit personnel classique est relativement simple à obtenir pour la plupart des emprunteurs solvables. Cette accessibilité démocratise en quelque sorte l’usage du levier pour l’investissement particulier.

Pourquoi tu devrais privilégier ta tranquillité d’esprit

Maintenant, parlons sérieusement des raisons pour lesquelles emprunter pour investir risque de transformer ton parcours d’investisseur en montagne russe émotionnelle.

1. Le stress : ton pire ennemi en investissement

Si l’effet de levier amplifie les gains, il amplifie également les pertes de manière symétrique. Une baisse de 20% du portefeuille sur un investissement intégralement financé par emprunt représente une perte sèche de 20% plus les intérêts courus, sans compter l’obligation de rembourser le capital emprunté.

Mais au-delà des chiffres, imagine-toi dans cette situation : tu te réveilles un matin, tu ouvres ton application de bourse, et tu découvres que ton portefeuille a perdu 15% en une semaine. Sauf que ce n’est pas “ton” argent qui a fondu, c’est de l’argent que tu dois rembourser quoi qu’il arrive. Cette pression psychologique peut te pousser à prendre des décisions irrationnelles : vendre par panique au plus bas, ou au contraire doubler la mise dans l’espoir de récupérer tes pertes.

La sérénité en investissement n’a pas de prix. Quand tu investis ton propre argent, une baisse de 20% reste une baisse temporaire sur le papier. Avec de l’argent emprunté, elle devient un stress quotidien qui peut gâcher tes nuits et tes relations.

Prenons un exemple concret avec les taux actuels : avec un emprunt de 30 000 euros à 6% sur 10 ans, le montant total à rembourser s’élève à environ 53 725 euros (en capitalisant les intérêts). Si après 10 ans, le portefeuille ne vaut que 45 000 euros, l’investisseur se retrouve avec une perte nette de 8 725 euros, plus la nécessité de trouver des fonds supplémentaires pour honorer sa dette.

2. Le risque de vente forcée

L’un des risques les plus pernicieux du crédit pour investir réside dans l’obligation de rembourser à échéance fixe, indépendamment des conditions de marché. Si le marché traverse une période difficile au moment où le crédit arrive à échéance, l’investisseur peut être contraint de vendre ses positions à perte pour honorer ses engagements.

Ce risque de “vente forcée” transforme une perte temporaire sur papier en perte réelle et définitive. Historiquement, les marchés actions connaissent des corrections de 20% ou plus environ tous les 3 à 5 ans, et des chutes plus importantes tous les 8 à 12 ans.

3. Quand l’investissement devient obsession

Investir avec de l’argent emprunté génère un stress psychologique considérable. Voir ton portefeuille chuter en dessous du montant emprunté peut te transformer en zombie financier : tu vérifies les cours toutes les heures, tu perds le sommeil, tu analyses chaque fluctuation avec l’angoisse de celui qui joue sa chemise au casino.

Cette pression psychologique peut altérer ton jugement et te pousser à dévier de ta stratégie initiale. Tu risques de devenir ce que les Anglo-Saxons appellent un “nervous investor” – quelqu’un qui change constamment de stratégie au gré de ses émotions.

L’investissement devrait être une activité sereine, presque méditative. Tu définis une stratégie, tu l’appliques avec discipline, et tu laisses le temps faire son œuvre. Avec de l’argent emprunté, tu transforms cette philosophie zen en course effrénée contre la montre.

4. Les coûts cachés et la complexité

Au-delà du taux d’intérêt nominal, le crédit pour investir génère des coûts supplémentaires souvent sous-estimés : frais de dossier, assurances obligatoires, coûts de transaction répétés, frais de gestion des ETF, et potentiellement la fiscalité sur les plus-values en cas de vente.

Ces coûts cumulés peuvent réduire significativement l’avantage théorique de l’effet de levier, particulièrement sur des montants modestes ou des durées courtes. Et surtout, ils ajoutent une complexité administrative qui peut te faire perdre de vue l’essentiel : construire ton patrimoine sereinement et durablement.

5. L’évolution défavorable des taux d’intérêt

Après la période exceptionnelle de taux ultra-bas (2015-2022), nous assistons depuis 2022 à une remontée significative des taux d’intérêt. Cette évolution rend l’équation risque-rendement beaucoup moins favorable qu’elle ne l’était par le passé. Avec des taux de crédit personnel désormais compris entre 4% et 8%, l’écart avec les rendements espérés des marchés actions s’est considérablement réduit.

De plus, si le crédit est à taux variable, une nouvelle hausse des taux pendant la durée du prêt peut transformer une stratégie initialement viable en gouffre financier. Même avec un taux fixe, l’investisseur se prive de la flexibilité de profiter d’éventuelles opportunités futures ou d’ajuster sa stratégie selon l’évolution du contexte économique.

6. Ta liberté financière entravée

Les mensualités de remboursement du crédit réduisent mécaniquement ta capacité d’épargne mensuelle. Cette contrainte peut t’empêcher de profiter d’opportunités d’investissement futures ou de reconstituer une épargne de précaution, te rendant plus vulnérable aux aléas de la vie.

Plus fondamentalement, tu perds une partie de ta liberté. Au lieu de pouvoir ajuster tes investissements selon tes envies et les opportunités, tu es enchaîné à un remboursement mensuel pendant des années. Cette perte de flexibilité va à l’encontre de l’esprit même de l’investissement personnel, qui devrait te donner plus de liberté, pas moins.

Analyse de scénarios chiffrés

Pour illustrer concrètement les enjeux, analysons deux scénarios sur un emprunt de 30 000 euros à 6% sur 10 ans (montant total à rembourser : 53 725 euros) investi intégralement dans un ETF monde.

Scénario optimiste en ligne avec les rendements historiques: rendement annuel moyen de 10 %

Malgré une correction de -20 % en année 5, le portefeuille affiche une performance moyenne solide :

  • Valeur finale du portefeuille : 77 812 euros

  • Moins remboursement du crédit : 53 725 euros

  • Gain net : 24 087 euros

  • Rendement annuel effectif : 6,4 %

Sans effet de levier, les 30 000 euros auraient généré une valeur finale identique, mais le levier a permis de profiter d’un capital supérieur dès le départ, avec un risque accru.

Scénario pessimiste : rendement annuel moyen de 4 %

Le marché évolue mollement, et l’investisseur subit une correction tardive :

  • Valeur finale du portefeuille : 44 438 euros

  • Moins remboursement du crédit : 53 725 euros

  • Perte nette : -9 287 euros

Malgré un rendement modérément positif, le coût du crédit transforme cet investissement en perte nette.

Les alternatives plus prudentes

1. L’investissement progressif

Plutôt que d’emprunter, l’investisseur peut étaler ses investissements dans le temps en utilisant une stratégie de “dollar cost averaging” (investissement programmé). Cette approche réduit le risque de timing et permet de lisser les prix d’achat.

2. L’effet de levier partiel

Au lieu d’emprunter 100% du montant investi, l’investisseur peut limiter l’emprunt à 25 ou 50% de son investissement total. Cette approche réduit les risques tout en conservant une partie de l’effet multiplicateur.

3. L’utilisation du crédit immobilier

Pour les propriétaires, le rachat de crédit immobilier ou l’utilisation d’un prêt hypothécaire peut offrir des taux plus avantageux que le crédit personnel, avec des durées de remboursement plus longues et plus flexibles.

4. L’investissement dans des ETF à effet de levier intégré

Certains ETF intègrent déjà un effet de levier (par exemple 2x ou 3x l’indice sous-jacent). Bien que plus risqués, ils évitent les contraintes du crédit personnel tout en offrant une exposition amplifiée aux marchés. Personnelement je ne conseille pas et écrirais un article dessus.

Les profils d’investisseurs concernés

Profils favorables

  • Jeunes investisseurs avec un horizon très long (20-30 ans)
  • Revenus stables et élevés permettant de supporter les mensualités
  • Forte tolérance au risque et expérience des marchés financiers
  • Absence de dettes existantes et épargne de précaution suffisante
  • Connaissance approfondie des mécanismes de marché

Profils défavorables

  • Investisseurs proches de la retraite ou avec un horizon court
  • Revenus irréguliers ou incertains
  • Faible tolérance au stress et aux pertes temporaires
  • Présence d’autres dettes ou charges financières importantes
  • Manque d’expérience en investissement

Le contexte fiscal français

En France, l’utilisation du crédit pour investir soulève des questions fiscales spécifiques. Les intérêts d’emprunt ne sont généralement pas déductibles des plus-values en cas d’investissement dans des comptes-titres ordinaires. En revanche, l’utilisation d’enveloppes défiscalisées comme le PEA (Plan d’Épargne en Actions) ou l’assurance-vie peut optimiser la fiscalité, bien que ces enveloppes soient soumises à des plafonds et contraintes spécifiques.

Il convient également de noter que les plus-values mobilières sont soumises au prélèvement forfaitaire unique de 30% (12,8% d’impôt + 17,2% de prélèvements sociaux), ce qui réduit d’autant la rentabilité nette de la stratégie.

Recommandations et conclusion

L’utilisation du crédit pour investir dans les ETF monde pouvait théoriquement sembler intéressante durant la période de taux ultra-bas (2015-2022), mais cette stratégie comporte des risques qui dépassent largement les bénéfices potentiels dans le contexte actuel de taux d’intérêt plus élevés.

Avec des taux de crédit personnel désormais situés entre 4% et 8%, l’écart avec les rendements historiques des marchés actions s’est considérablement réduit, rendant l’équation risque-rendement beaucoup moins favorable. Les exemples chiffrés présentés montrent qu’il faut désormais des performances exceptionnelles pour simplement couvrir le coût du financement. L’histoire financière regorge d’exemples d’investisseurs qui ont subi des pertes catastrophiques en utilisant l’effet de levier au mauvais moment.

Pour la grande majorité des investisseurs, une approche plus prudente consistant à investir progressivement son épargne disponible dans des ETF diversifiés, sans recours au crédit, offre un meilleur équilibre risque-rendement sur le long terme. Cette stratégie permet de profiter de la croissance historique des marchés actions tout en préservant la flexibilité financière et la sérénité d’esprit.

Les rares investisseurs qui souhaiteraient malgré tout explorer cette voie devraient limiter l’effet de levier à un niveau très modéré (maximum 25-30% du portefeuille total), s’assurer d’avoir des revenus stables et une épargne de précaution substantielle, et surtout ne jamais investir de l’argent emprunté qu’ils ne peuvent se permettre de perdre intégralement.

En définitive, la sagesse populaire qui recommande de “ne jamais investir plus que ce que l’on peut se permettre de perdre” s’applique avec une acuité particulière au crédit pour investir. Dans la course à l’enrichissement, la prudence reste souvent la stratégie gagnante sur le long terme.